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  • 20 août 2021

Chauffeurs de taxi en Tunisie : Ils sont 40.000 dont quelques intrus…

Ce sont 40.000 chauffeurs, dont 350 femmes, qui transportent quotidiennement environ 1.500.000 passagers utilisant un parc estimé à 30 000 taxis. Toutefois, il y a une vérité qui dérange: 1% parmi ces taxistes seraient des intrus traqués tous les jours par les auxiliaires de justice. Avec eux l’adage: «Circulez, y a rien à voir !» s’inverse… Car, justement «y a tout à voir !»…
Justement, à propos de chauffeurs de taxi, M. Amor Khouaja serait le premier Tunisien à avoir obtenu son permis de place en 1943. La profession a évolué au fil des années et les taxi men aujourd’hui sont regroupés au sein d’un syndicat. Mieux encore, ils bénéficient de la couverture sociale et le secteur entre dans les négociations sociales. Les taxis sont équipés en majorité de moyens de communication à distance. Deux sociétés spécialisées gèrent un parc estimé à 3000 véhicules que vous pouvez appeler à tout moment de la journée…
Mais, revenons à M. Taxi Ismail et à l’histoire du taxi en Tunisie.
La Seconde Guerre mondiale battait son plein. Les mouvements de libération nationale s’accentuaient un peu partout dans les pays colonisés. Alors, pour jeter de la poudre aux yeux des populations locales, les autorités coloniales étaient contraintes d’accorder quelques privilèges aux indigènes. C’est le cas des Français en Tunisie. Dans la foulée, le Résident général délivra un permis de place , lequel allait compter parmi ses premiers clients un certain Habib Bourguiba. Il l’a déposé, en effet, un certain mois de novembre, à El Hfir (Bab el Khadhra), quelque temps avant les événements du 18 janvier 1948, se souvient le doyen des chauffeurs de taxis tunisiens .
Depuis,  allait mener une véritable aventure. A l’époque, ils étaient quelques dizaines à sillonner la ville de Tunis. Leurs clients sont en grande partie des étrangers et les destinations se limitaient à trois ou quatre quartiers limitrophes de la capitale comme Notre-Dame, Gambetta ou encore aux deux banlieues nord et sud : La Marsa et Hammam-lif. Il arrivait cependant qu’ils fissent des courses plus longues pour déposer des militaires à la base navale de Menzel Bourguiba, jadis Ferryville.

Evolution des mentalités
Au lendemain de l’Indépendance, la donne allait changer. Les Tunisiens vont se familiariser avec les taxis dont le nombre allait petit à petit augmenter pour atteindre aujourd’hui les 30.000. M.Khouaja se souvient encore de sa première cliente. Il s’agit d’une dame accompagnée de son époux et qui, tout au long de la course, s’était accrochée à son safsari pour cacher son visage. Mais, avec la volonté politique des dirigeants de l’époque visant à émanciper la femme, les mentalités vont changer. Les dames en jupes courtes et en tailleurs «Chanel» hélaient les taxis pour aller au cinéma ou au théâtre et même au bain-maure.
L’été, et avec la naissance des premiers festivals, les taximen se transformaient en guides touristiques faisant visiter Tunis et ses sites archéologiques aux stars de la chanson venues animer les scènes du prestigieux théâtre de Carthage.
Au beau milieu des années soixante-dix, le taxi devint synonyme de joie et de bonheur. Les mariages des Tunisiens deviennent de plus en plus modernes et il fallait bien aller chercher la mariée chez ses parents avant d’entamer un petit tour dans la ville, histoire d’annoncer la bonne nouvelle à qui veut bien l’entendre. Et comme les voitures privées se faisaient rares, ce sont les taxis qui transportaient les jeunes mariés jusqu’à leur nid de bonheur.
Au fil des années, le taxi allait changer de couleur et de vocation pour devenir ce qu’il est aujourd’hui à savoir un banal moyen de transport…

Les interdits

Sachez qu’il est interdit pour un chauffeur de taxi de :
– Refuser de déposer un client quels que soient la distance, la durée et le montant de la course.
Transporter un passager qui se trouve dans un état d’ébriété, portant atteinte à la pudeur ou constituant un danger quelconque et les enfants seuls.
– Transporter des produits dangereux comme les bonbonnes de gaz, les téléviseurs et les animaux
– Parler aux clients
Transporter plus de trois adultes
– Calculer le montant de la course à l’estimation
– Non assister une personne en danger et de ne pas signaler les accidents de la circulation aux agents de l’ordre. D’ailleurs, il doit être en possession d’un crayon approprié pour procéder au traçage du lieu de l’accident en attendant l’arrivée des auxiliaires de la justice.

L’histoire du compteur…
Le compteur est sous scellé et donc constamment contrôlé par les différents services du ministère du Transport, les agents de la police de la circulation ainsi que par la direction des taxis relevant des gouvernorats concernés. Des experts assermentés sont chargés du montage du compteur, sa réparation en cas de panne et de procéder à une visite technique annuelle se soldant par la délivrance d’un certificat prouvant que l’appareil est conforme aux normes.
La loi exige que le compteur soit installé dans un endroit visible pour les clients. L’écran est rectangulaire. Les chiffres doivent être affichés en couleur numérique rouge et la nuit le chauffeur doit impérativement allumer la veilleuse pour que le montant de la course soit bien visible pour le client. Et à propos de course, elle obéit à deux tarifications : celle dite de nuit et l’autre de jour. Celle de nuit est calculée à raison de 45 millimes le clic soit la minute, soit tous les 100 mètres. Alors que de jour, le clic coûte 30 millimes. Le tarif de jour prend effet à partir de 6 heures du matin jusqu’à 21 heures l’hiver et 22 heures l’été. Alors que celui de la nuit prend effet à partir de 21 heures l’hiver et 22 heures l’été jusqu’à 6 heures du matin l’hiver et 5 heures du matin l’été.
Une taxe de base fixée à 400 millimes le jour et 600 millimes la nuit est incluse dans le montant de la course. Les bagages sont calculés à raison de 400 millimes le kilo.
Pour l’anecdote, les montants des courses, le jour, doivent être en chiffre rond se terminant par zéro alors que la nuit vous êtes appelé à préparer une pièce de 5 millimes. Car le montant de la course se termine toujours par un cinq.

… et des couleurs
Le taxi tunisien est passé en cinquante-trois ans d’existence du rouge et blanc (le fameux taxi BB ou «bibi») au jaune avec une courte étape qui a duré trois ans et ce, de 1982 à 1985, où chaque exploitant avait le droit de choisir sa propre couleur.
L’on se demande pourquoi on avait peint au départ nos taxis en rouge et blanc. La réponse est toute simple, puisqu’il s’agit de nos couleurs nationales. La Tunisie venait en effet d’accéder à l’indépendance et les politiques de l’époque œuvraient à ce que cette indépendance soit une réalité visible sur le terrain usant ainsi de tous les moyens pour l’ancrer une fois pour toutes dans les esprits. Sans oublier bien évidemment que, misant dès les premiers jours de l’indépendance sur le tourisme comme l’un des piliers sur lequel allait reposer notre future et toute jeune économie nationale, il n’y avait pas mieux donc que ce taxi porte les couleurs du pays. Et le faire surtout connaître aux touristes dont c’est le premier moyen de transport qu’ils devaient emprunter en débarquant à l’unique et seul aéroport de l’époque à savoir l’aéroport de l’Aouina situé à côté de l’actuel terminal Tunis-Carthage.
Bizarrement, c’est au moment où le pays était en pleine campagne d’arabisation que le taxi allait perdre son identité nationale. Du coup, suite à un décret émanant de l’autorité de tutelle, les exploitants de taxis étaient libres de choisir la couleur qu’ils voulaient pour leurs véhicules. Quelques années plus tard, et voulant donner à la capitale tunisienne une dimension cosmopolite après le Changement du 7 novembre 1987, les autorités tunisiennes ont opté pour la couleur jaune, celle de la majorité des taxis circulant dans le monde entier.

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